📗 [Youtube, l’envers du décor] Jeux d’influence

Temps de lecture : 19 minutes

Lisez bien la présentation du contexte de cette série avant de commencer.

J’en avais déjà parlé : les relations dans le YouTube Game sont très artificielles. On se fréquente parce qu’on a des abonnés, ou parce qu’on aborde les mêmes thèmes. Il n’est pas rare d’y voir des gens aux idées diamétralement opposées se faire de grandes embrassades en public. Ce serait une forme de talent si ce n’était pas si ridicule et surjoué…

Le simple fait d’être en contact avec un vidéaste influent est déjà considéré comme une réussite en soi. Beaucoup, beaucoup de gens courent après la lumière. Il y a donc une demande. Et de l’autre côté, les plus gros influenceurs ont un temps limité et des choix à faire sur leurs relations. Ce qui peut définir une offre.

Offre, demande : Et voilà un marché ! Et pas n’importe lequel : Un marché d’influence.

Pour illustrer ça, je vais vous raconter une petite anecdote.

Il y a longtemps, un vidéaste a réalisé une vidéo sur commande d’un gros influenceur. Le prix ? Il nous avait semblé déplacé d’en parler de prime abord. Mais quand après avoir commencé le travail nous l’avions évoqué, voilà en substance la réponse que nous avons obtenue :

« Haha avec toute la visibilité que je te donne tu voudrais quand même pas que je paye ? »

Ce style d’anecdote fait fureur sur la toile, car « être payé en visibilité c’est le maaaaaal c’est l’exploitatiooooooon« … Parfois oui, c’est vrai, mais je serais plus modéré sur la question, et je vais vous expliquer pourquoi :

Je suis parfaitement conscient qu’il est dans l’air du temps de se plaindre des services payés en visibilité, mais il ne faut pas tout confondre. Quand une immense société, qui a les reins solides, use volontairement de son influence pour exploiter le travail d’un artiste sans le rémunérer, c’est dérangeant et je le comprends. Mais la plupart des influenceurs ont des moyens mais qui restent limités. N’oubliez pas que tout ce monde repose sur des promesses ! Des hypothèses de croissance, toujours plus loin, toujours plus haut. Aussi, un influenceur qui partage sa visibilité avec un tiers n’a peut-être réellement que cela à offrir.

Et pour avoir baigné dans le milieu pendant près d’une décennie, je vous garantis que beaucoup doivent tout le démarrage de leur carrière de vidéaste précisément à des partenariats de visibilité (voire à leur couple, mais bon ça hein bref). Ne jetons pas la pierre trop vite, et comme je le dis souvent, ne cédons pas à l’émotion et gardons du discernement. Si ma carrière n’avait pas été fichue en l’air, je n’aurais pas du tout été contre un partenariat de visibilité avec un énorme influenceur.

Cela arrange tout le monde :

  • Les influenceurs gagnent l’argent des pubs de la vidéo sans rien faire
  • L’invité se fait connaître et se construit une base lui permettant à son tour d’avoir les volumes de vues suffisants pour s’assurer un revenu
  • Et le public peut découvrir de nouveaux talents
  • En prime, cela donne une image « trop sympa trop cool » du milieu, un genre de gigantesque village où tout le monde se connaîtrait et s’apprécierait. Ce n’est plus YouTube, mais le monde magique de Oui-Oui. Et tout le monde veut voir ça. Parce qu’on a tous nos problèmes dans la vie, dans le travail; ce qu’on recherche dans le divertissement c’est d’oublier un peu notre condition, voire de nous faire rêver. Ce n’est pas un mal !

Ça c’était pour la thèse. Et maintenant, comment est-ce que tout ce conte de fées pourrait-il lamentablement déraper ? C’est très simple, n’oublions pas que les jeunes qui peuplent ce milieu n’ont pas toujours tous l’éthique et le recul nécessaires pour le préserver.

  • La tentation est grande pour les gros influenceurs de ne plus produire de contenu qualitatif. En effet, pourquoi se fatiguer alors qu’un contenu putassier et superficiel (mais bourré de références de culture de masse pour attirer les gosses) génère revenus, visibilité et engagement ? A partir de là, puisqu’on peut payer en visibilité, pourquoi se priver de déléguer un maximum ? On pourrait même imaginer un vidéaste qui ne produirait presque plus de contenu seul mais se reposerait sur des « caméos » payés en visibilité… Public, c’est toi la monnaie d’échange dans tout ça. C’est ton attention qu’on manipule et qui est ainsi revendue et utilisée. Quant à la qualité, elle risque fort de passer après…

 

  • L’invité pourrait lui aussi ne pas jouer le jeu franco. L’hypocrisie servant de porte d’accès à cette visibilité tant désirée. Et j’irais même plus loin : Une fois la collaboration réalisée, l’invité a encore un coup à jouer. Un sale coup, mais qui peut rapporter gros. Trahir, et dénoncer pour X ou Y raison (fondée ou non, de toutes façons peu vérifieront) l’influenceur qui l’a fait connaître, créant ainsi de toutes pièces une nouvelle fontaine de visibilité. Car oui, on peut réellement surfer sur le positif comme le négatif. Et encore une fois, public c’est toi, toi qui lis ces lignes, qui est la monnaie d’échange. C’est notre capacité à nous intéresser aux dramas puérils de ce milieu, et par extension nos clics, nos abonnements/désabonnements etc, qui génèrent ce marché de la visibilité négative. Un clash, ça peut parfois rapporter gros. La question étant : « Est-ce vraiment le milieu vidéo qu’on mérite » ?

 

  • Côté public, comme chacun le sait il est versatile. Il peut tout à fait se prendre d’affection pour le dernier venu, et laisser tomber dans l’oubli celui qui l’a fait connaître. C’est vieux comme le monde… Mais c’est bien normal. Notre attention nous appartient. Elle ne devrait pas être monnayée par d’autres. Cela peut également dériver, mais d’une manière inattendue : A force de voir se multiplier les nouveaux visages, il y a une forme de déshumanisation. On zappe. De plus en plus, et de plus en plus vite. YouTube est un monde bruyant, très bruyant, et où le public disponible augmente moins vite que le nombre de youtubeurs suffisant à les distraire. Et pour maintenir notre attention, les vidéos se font plus rythmées. Vraiment beaucoup plus rythmées. Pardonnez-moi, mais quand je vois un type qui n’articule plus tant il parle vite, qui enchaîne les blagues convenues pour limiter le temps de réflexion et maximiser l’attention, j’ai l’impression d’être pris pour un chien. Oui, le chien à qui on parle d’une voix aigüe pour capter son attention quand on joue à la baballe. Nous autres YouTubers, c’est un peu pour ça qu’on vous prend des fois… J’aimerais faire mon mea culpa sur ce point. Dans le milieu, les vues comptent plus que tout. Et ceux qui vous prétendent le contraire sont les premiers à flatter les gros influenceurs dans l’espoir d’avoir un peu de visibilité. Ainsi, il y a cette tendance à vouloir faire des vidéos toujours plus putassières, suivre les thèmes qui marchent (qu’on les maîtrise ou non), etc…

Je le reconnais, il y a longtemps j’avais moi-même un peu cédé à cette tendance. Pour suivre la croissance formidable du milieu, j’ai encouragé et participé à faire des vidéos plus « rentables » en termes de croissance. Parce que c’était ce que tout le monde voulait. Parce que c’était ce qui marchait. Et je le regrette sincèrement. Ce qui était à l’époque une excellente décision professionnelle qui a permis une croissance rapide et à beaucoup de collaborateurs de se faire connaître (dont certains en vivent largement aujourd’hui), est d’un point de vue éthique bien plus discutable. Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que la demande était globale. Que cette direction a été suivie par la quasi totalité des Youtubers du milieu.

Au bout d’un moment, on ne fait plus ce qu’on aime, on fait ce qui marche. Et il faut comprendre que ce n’est pas forcément mal intentionné, car tout pousse à cela. Quand tu subis l’indifférence générale, malgré un travail acharné, et que tu sais qu’en parlant de tel film ou tel jeu vidéo, tu vas forcément faire des vues, au bout d’un moment la tentation est trop grande. On cède une fois. Et on commence par se dire que c’est pour faire connaître notre véritable travail, ce qu’on aime. Et puis on cède une seconde fois. Et une troisième. Et au bout d’un moment, on a du succès. Des scènes, des fans. Parfois de l’argent. C’est grisant. On finit alors par ne faire que ça, confondre travail valorisé et travail valorisant. Par associer inconsciemment l’idée de réussite personnelle à un travail finalement très impersonnel. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi tant de vidéastes sont interchangeables ? C’est parce que c’est le cas. L’immense majorité d’entre nous a toujours voulu aller dans ce sens. Dans le sens de la « réussite », dans le sens… Des chiffres. Et c’est bien la plateforme, le milieu qui veut ça, par sa nature même.

Je me souviens de cette personne à qui je demandais « bon, tu veux faire quoi exactement comme contenu ?  » et me répondait « Moi j’veux juste être une star« …

https://youtu.be/n8PASs0afXU?t=68

J’ai ma part de responsabilité dans le niveau du contenu qui a été produit, je ne le nie pas. D’un autre côté, comment répondre à une telle demande ? On m’a demandé de faire connaître un collectif, d’en diriger la ligne éditoriale efficacement pour viser croissance et rentabilité. C’est ce qui a été fait. Mais je n’ai pas toujours cherché à rendre le public plus intelligent, ni à faire ce que j’aimais, et j’en suis désolé. Je veux que vous sachiez que je n’ai pas la moindre fierté des 450 000 abonnés atteints par le travail du collectif, notamment pour ces raisons. Clairement : C’était un travail de groupe constant, où les gens ne travaillaient pas « pour » moi (quelle idée) mais bien pour leur propre réussite à travers la réussite globale du collectif. Et mon rôle consistait à rendre le tout cohérent. J’aurais pu prendre une décision inverse et encourager les vidéos plus personnelles, mais beaucoup m’auraient lâché et tout cela n’aurait jamais décollé, tout le monde y aurait perdu. Ce n’est pas une conjecture, il y a eu des essais, des constats, des choix de faits, collégialement, dans ce sens. Je crois aujourd’hui que ce collectif était une erreur depuis le début. J’ai depuis su tirer les leçons de tout cela.

C’est d’ailleurs aussi pour retrouver du sens dans ce que je faisais que je me suis concentré sur ma série Jetons-leur des Tomates Pourries qui dénonce des arnaques. Que je m’étais éloigné du collectif dès début 2017, bien avant sa fermeture. Ce que je fais n’est plus hyper-vendeur, mais j’essaie d’être utile. Je ne voulais plus à tout prix être connu, je voulais être utile.

Un Youtuber qui faisait partie du groupe (et avec qui je ne me souviens pas avoir eu de problème mais dont d’autres se moquaient pas mal), très connu aujourd’hui, l’avait vite quitté avec ces mots « Je préfère être un roi dans mon royaume que soldat dans ton empire« . Formulation très caricaturale, très grandiloquente-internet, mais assez vraie ! Je ne lui en ai d’ailleurs jamais voulu, il a été honnête et il avait raison de faire ce choix ! Ironiquement toujours, j’ai moi-même voulu être roi dans mon royaume que de rester dans cet empire qui ne me rendait pas heureux quand je m’en suis éloigné.

Si je parle de ce collectif, c’est parce qu’il a généré de plus en plus d’influence, justement. Il reflète l’influence que j’ai pu expérimenter. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui m’ont approché pendant toutes ces années pour en tirer un peu de lumière. Et ne pas dire oui à tout le monde dans ce milieu, je vous laisse envisager l’image que cela donne de vous… Plus on devient connu, plus l’influence devient une véritable monnaie, utilisée quotidiennement.

Dès le départ, nous voulions faire de ce collectif un genre de startup viable. C’était clair dès les premiers jours : Nous voulions idéalement que nos membres puissent vivre de leurs créations. Seulement quand une vidéo fait 40 000 vues et rapporte 30€ c’est compliqué.

Dans ce contexte, un jour un influenceur a utilisé sa réputation pour nous convaincre de rejoindre un network. Pour ceux qui ne connaissent pas, le network est un intermédiaire entre le youtubeur et YouTube, il donne des conseils et s’occupe éventuellement de te négocier quelques opérations commerciales (on ne nous en a jamais proposées). Le network gardait 30% des bénéfices que génèrent la chaîne. Or, dans une chaine collective où tout le monde est pressé de gagner rapidement sa vie, ces 30% sont vite un frein, à plus forte raison quand les services du network s’avère dispensables. Mais nous avions réellement besoin de ce network, car à l’époque il « freinait » les plaintes de Youtube pour infraction au droit d’auteur. En effet, en dépit de mes conseils, les vidéastes utilisaient des extraits de films ou musiques sous licences sans autorisation (déconseiller ces pratiques m’avait été férocement et même publiquement reproché…). Le network nous permettait de ne pas nous faire « prendre ». Il n’y avait là aucune réelle fraude, puisque cette utilisation était dans le cadre du fair use, mais le bot ContentId de Youtube pouvait potentiellement supprimer la chaine en cas de surdétection. Pour ne prendre aucun risque, un network était donc requis. Malheureusement, ce que l’influenceur ne nous avait pas correctement pointé, c’est que l’engagement pour son network était de 3 ans. Mais il était connu, il avait l’air sympa, et nous avions confiance en lui. Toujours plus loin dans l’ironie, c’est que cette même personne s’est permise de soutenir mes ex-collaborateurs quand j’ai été accusé d’avoir exploité tout le monde… Pure bêtise ou malice, Dieu seul le sait…

Tout au long de l’existence du collectif, j’ai néanmoins toujours suivi une valeur importante : Le partage de la visibilité, justement. Pendant toutes ces années, j’ai fait monter sur ces scènes qu’on nous prêtait des dizaines de personnes différentes. Il est d’ailleurs « amusant » de noter que je ne suis pas étranger aux toutes premières scènes de certains influenceurs qui n’ont pas hésité à me jeter des cailloux. Chaque année, presque à chaque convention, j’essayais d’ouvrir le collectif à des collaborations, de nouveaux membres, de nouvelles têtes. Pas pour la visibilité, mais vraiment pour que la créativité tourne, l’effervescence ne supporte pas le statisme. Je remercie au passage les staffs de conventions qui nous ont fait confiance, pour croire en nous et nous prêter les scènes. Et ceux, moins nombreux, qui m’ont fait confiance plus tard. On nous a donné des scènes, tout a été fait pour qu’on en tire le maximum. Pour placer mes collaborateurs, j’osais tout : Demander à mettre des instruments sur une scène dédiée normalement aux jeux. Récupérer des demi-horaires. Accepter de remplir des absences de dernière minute. C’est bien simple : Je courrais partout – ce qui expliquait qu’on me voyait rarement stand… C’était particulièrement stressant, j’avais la responsabilité d’un peu de tout. Un jour alors que nous faisions une scène, concentré sur l’animation, je ne remarque pas l’avertissement du staff qu’il nous reste peu de temps. Au moment où je fais la phrase pour dire merci et au revoir… Ils coupent net. Je sors donc de scène et fais remarquer que ça ne se fait pas de couper ainsi en pleine phrase pendant qu’on finissait, et on m’envoie bouler. Une broutille totalement anecdotique, dont je n’ai eu aucun retour, sauf… 4 ou 5 ans plus tard, quand la staff en question s’est amusée à profiter de l’affaire de mai 2019 pour raconter cette anecdote ridicule, évidemment sous un angle accusateur. Motif ? « il a usé de son influence contre moi pour me maltraiter alors que j’étais une si gentille staff ». Bah oui : Un désaccord de 10 secondes sur une scène 4 ou 5 ans auparavant, ça justifie de contribuer à détruire publiquement une personne. Enfin, voyons, c’est évident. Et vous vous doutez bien qu’elle m’aura contacté directement pour mettre les choses au clair, n’a jamais cherché à m’en parler directement, auquel cas je me serais d’ailleurs sans doute excusé si elle avait perçu mon comportement comme trop expéditif. Méfiez-vous : Ce milieu peut être extrêmement mesquin et rancunier.

Bref, un stress permanent. Mais le résultat était là : Croissance au top, et nous avions beaucoup, beaucoup de scènes. Encore une fois, je ne m’octroie pas à moi seul les mérites du « succès » du collectif, j’explique mon rôle dans tout ça. La réussite était bien évidemment générale. Toutefois, quels que soient les mots avec lesquels chacun essaie de s’attribuer les mérites d’un succès collectif, depuis toutes ces années aucun d’entre nous n’a jamais réussi à le reproduire ni atteint le nombre d’abonnés pourtant si précieux et revendiqué par mes pairs. Tant de guerres pour de simples vidéos… Et tout ça pour rien au final… J’en rirais si il n’y avait pas eu les conséquences que l’on sait.

Pour en revenir à l’anecdote de l’influenceur qui paye en visibilité, il y a transfert de valeur : Elle ne se situe plus dans l’argent, mais dans ce qui peut produire l’argent, à savoir la visibilité. A la limite pourquoi pas ! C’est construire sa croissance pour gagner plus dans l’avenir… Seulement là où ça pose problème, c’est quand l’accord n’est pas clair dès le début. Si un influenceur propose de la visibilité en échange d’un service ou d’un produit, s’il y en a que ça intéresse, pourquoi pas après tout. Mais si ce n’est pas clairement défini dès le début, on part sur une espèce de jeu d’influence, pas toujours bien sain. L’influenceur en question avait même, pas très subtilement, suggéré à mon collaborateur de nous larguer. Grande classe.

L’influence du collectif m’a servi pour des causes que je trouvais intéressantes. Avant tout pour mettre en avant des créatifs. Anecdote amusante : Je mettais tellement en avant les autres plus que moi-même, que jusqu’en 2016 les partenaires qui s’intéressaient au collectif ne voulaient même pas me parler, croyant que je n’en faisais pas partie ! C’est là que je me suis dit qu’il devenait ridicule de ne pas se mettre un minimum en avant. Il faut bien être un minimum crédible aux yeux des partenaires externes et commerciaux… Vous allez peut-être me trouver revanchard, mais notez que c’est tout de même une anecdote étonnante pour quelqu’un qu’on a accusé d’avoir la grosse tête et un égo surdimensionné !

Du début à la fin, les candidatures à tous niveaux étaient ouvertes. J’ai choisi, et accueilli des dizaines de gens qui sont allés et venus dans le collectif. D’ailleurs, à force de trahisons dont j’ai déjà parlé dans les chapitres antérieurs, j’ai développé une certaine méfiance.

Il y avait cet ex-collaborateur qui a tenté de me salir sur les réseaux et en messages privés auprès de mes contacts pendant des années… « Ouais Cyrix j’ai travaillé avec lui c’est un exploiteur », « il se prend pour Dieu », « il est manipulateur » etc… Ces rumeurs datent du début même du collectif et ça part de là. J’ai gardé un dossier de preuves assez solide en cas de récidive d’ailleurs. A l’époque je ne voulais pas porter plainte pour éviter qu’on ne connaisse mon nom (qui a fuité depuis). Je ne me gênerais pas pour le trainer en justice aujourd’hui… L’anecdote, dans tout ça, c’est que cette personne… Me demandait régulièrement de lui faire de la pub via le site du collectif (messages que j’ai conservés). Ce que, ignorant ses actions, je faisais systématiquement. Je me suis toujours demandé comment les gens pouvaient trouver crédible quelqu’un qui faisait sa pub chez celui qu’il prétendait dénoncer…

Le collectif, par nature, devait être ouvert. Une partie de son activité visant la rentabilité (qui a découlé en formation d’une SAS, avec associés, salaires etc), quand l’autre partie relevait du bénévolat (mise en avant de créations amateurs, collaborations amateurs etc). Et là, l’erreur fatale : Vouloir faire les deux justement.

Parce que très rapidement les gens ne voulaient plus voir la distinction entre amitié et travail; Entre hobby amateur et entrepreneuriat. Les tensions et accusations étaient constantes. Exemple : Nous avions un projet créatif, il y avait dessus des bénévoles (bien sûr j’ai toujours été très clair dès le début pour tout ce qui relevait du bénévolat, je n’ai jamais promis d’argent sans rien payer). Puis le projet est devenu plus sérieux et il a été question d’en rémunérer les auteurs. Parfait, et puis une autre personne qui voulait aider a demandé à nous rejoindre. J’ai expliqué à un collaborateur qui servait d’intermédiaire que je ne pouvais pas intégrer une personne supplémentaire, car ce qu’allait potentiellement rapporter le projet ne suffirait jamais à le rémunérer correctement, tout travail mérite salaire. Ce que le collaborateur en question a rapporté à l’autre ? « Il veut pas de toi il veut pas te payer« . C’était tout comme ça, tout le temps. Au bout d’un moment, j’essayais de contrôler la communication pour éviter qu’on déforme ainsi mes paroles, et voilà qu’on m’accusait de « vouloir tout contrôler »…

Je tire la conclusion aujourd’hui que le collectif était une (très) mauvaise idée dans ce milieu, d’ailleurs beaucoup d’autres s’écroulent régulièrement, mais de belles choses ont aussi été faites. Des choses qui ont été systématiquement mises en avant, pour améliorer notre image (et notre croissance), alors pourquoi en parler ici ? Nous avons soutenu des causes caritatives (bon, même si on m’a accusé d’avoir détourné l’argent… Alors que les dons se faisaient directement sur le site de l’association https://web.archive.org/web/20201123211508/https://montronscequenousavonsdansleventre2014.alvarum.com/thomascyrix ; bonjour la parano), j’avais même organisé le sauvetage financier d’un Manga Café dans ma ville et participé au lancement commercial d’une startup de jeu. J’ai fait de chouettes rencontres, dont beaucoup sont restées des amis.

En lisant ces lignes, vous vous dites peut-être « oh la la, il ne fait que se plaindre »… Oui c’est assez vrai. Je l’avoue, je n’ai pas l’intention de transformer les faits et mon ressenti pour donner une image plus légère et positive de la réalité du milieu. Il n’y a toutefois pas que des mauvaises personnes. Je fréquente les gens de la Thomatoteam actuelle depuis 2018 (ou avant pour certains), sans jamais de dramas ni de problème, et des collaborations super. Je les remercie et salue leur talent. Dommage que j’ai mis des années avant d’apprendre à correctement m’entourer.

 

L’influence c’est à double tranchant. On peut s’en servir pour faire le bien. Ou pour faire son propre bien. Certains, les pires, s’en servent même pour faire du mal aux autres. Les jeux d’influence étaient permanents.

Je me souviens de cette convention où nous avions invité un influenceur assez important. Et de ce collaborateur qui s’était plaint à moi que ce dernier ignorait ses messages… Pour mieux aller draguer sa copine. Je vous avoue qu’aujourd’hui j’ai des raisons de douter de la véracité de ses accusations…

Les gens venaient souvent se plaindre à moi. Quasiment tout le monde s’est plaint de chacun des autres à moi au moins une fois. Et parfois c’était bien plus grave. En tant que « fondateur dirigeant » du collectif, il y avait une certaine influence, là aussi. Et là aussi, à double tranchant.

L’un de nos collaborateurs produisait un contenu jugé par tous les autres de médiocre qualité. Individuellement, sur plusieurs mois, ils venaient me dire « tu as vu ce qu’il fait lui ? Ça va vraiment pas, c’est nul, malaisant » etc… Un jour j’ai eu assez de cette hypocrisie et j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes. Tous en cercle, j’ai tenté d’expliquer à la personne concernée les problèmes reportés. Aussi fou que ça puisse paraître, tous les autres m’ont regardé comme s’ils étaient étrangers à tout cela. Je me suis retrouvé seul à devoir expliquer des choses que l’on m’avait progressivement chargé de mettre au point… C‘est ça aussi avoir une relative influence, se faire lâcher par les gens qui te poussent à agir.

Pendant des années, je n’existais qu’à travers l’image du collectif. Moi ça ne me dérangeait pas, enfin jusqu’à ce que certains problèmes apparaissent bien sûr. En convention, j’ai rencontré cette influenceuse… Sidérante.

« Ouais alors c’est toi le collectif là ? Ouais c’est cool – alors j’ai réfléchi mais je pense que je vais pas le rejoindre, c’est pas trop mon truc les délires communautaires !! »

Wow. Genius. Personne lui avait jamais proposé de nous rejoindre. Mais elle partait du principe qu’on la désirait chez nous. Humble. Toujours plus loin dans l’ironie, il s’agit d’une personne qui revendique sa sagesse.

Toujours en convention (la même il me semble !) les fans nous approchaient. L’un d’eux m’approche et :

« Hey c’est toi Cyrix le patron ? Ouais je voudrais investir toutes mes économies, 10 000€ dans ton collectif là »

Moi : « Euh… C’est gentil mais on n’a pas besoin d’investisseurs 🙂 L’argent des vidéos est redistribué intégralement aux créateurs, je ne saurais rien faire de cette somme… »

Lui : « Ouais c’est pas grave, allez 5000€ au moins ? »

Moi : « Euh… Non désolé ça ne va pas être possible… »

Quand tu as de l’influence, certains commencent à penser que tu es forcément riche. Et peux dès lors les rendre riches. Et pour d’autres, c’est même une évidence. D’autres pensent que tu as des contacts, un temps et des moyens illimités. D’autres encore que tu es là pour résoudre tous leurs problèmes, et surtout leurs problèmes personnels.

Anecdote ! Une collaboratrice qui s’était engagée à produire quelque chose dont d’autres dépendaient, avait pris un retard qui nous mettait dans l’embarras. Je lui fais remarquer.

« Nan mais tu comprends, j’ai des problèmes personnels, voilà y’a ci et ça… T’es mon ami, tu dois comprendre… »

Moi, d’une naïveté confondante : « Ok pas de souci, en tant qu’ami je comprends on en parle, prends ton temps » (et je vous épargne les soirées à en parler).

Plus tard, cette même personne va provoquer une situation personnelle susceptible de nuire au collectif. Je décide alors de lui en parler, en tant qu’ami.

« Nan mais ça va pas ?? Respecte ma vie privée t’es mon collègue point« 

…Ah, l’amitié à géométrie variable, selon que ça arrange ou non… Une leçon que j’aurais aimée connaître avant de la vivre, et que je tenais à vous partager. Ne mélangez pas amitié et travail, dans certains milieux vous risquez de violemment vous faire avoir.

Toujours dans les jeux d’influence, j’avais déjà évoqué la « cour » qui entoure certains vidéastes de premier plan. Laissez-moi vous partager un autre souvenir :

Dans une grande convention, il y avait une scène. Pour ne pas avoir à préparer quoi que ce soit (et bien que sa venue soit largement rémunérée d’ailleurs mais c’est une autre question), le vidéaste fait une Foire Aux Questions de 40 minutes sur scène. Il s’agit simplement de se poser sur une chaise prendre un micro et répondre aux questions des fans, ce qui, sachez-le, peut être rétribué par un salaire à 4 chiffres selon le profil et la convention, pour les plus gros uniquement. Oups, pardon, c’est vrai, il faut pas trop en parler, on vient en convention que par passion et par amour pour vous. Donc le gars monte sur scène, s’assoit et pendant 40 minutes répond mollement aux questions, assisté par un animateur dynamique, payé par la convention. Plus tard en salle VIP, je croise l’animateur, qui m’ignore. Puis je l’entends parler du vidéaste en question à un collègue :

« Ouais ce vidéaste il est juste incroyable !! C’est une vraie bête de scène !!! »

Je vous jure que le concerné avait simplement parlé pendant 40 minutes tout comme n’importe lequel d’entre nous le ferait au téléphone. Mais l’anecdote ne s’arrête pas là. Quelques temps plus tard, je retrouve ce même animateur sur une autre scène. On discute brièvement, il me pose une question, je réponds, et le voilà qui se met à rire, mais rire ! Je n’avais pourtant fait usage d’aucun humour dans ma réponse. J’imagine que le nombre d’abonnés du collectif avait entre-temps fait de moi également une « bête de scène » ? 😀

L’influence due au nombre d’abonnés talent et au charisme irrésistible est très importante sur le milieu. Tout s’adapte. Les gens, les comportements, les chiffres… Même l’amour ! Au vu du nombre d’affaires qui sortent régulièrement où des YouTubers célèbres auraient profité de leur statut pour user (et abuser?) des jeunes filles, il est inutile que je vous en raconte une également. Allez, juste une petite pour la route ?

J’échangeais régulièrement avec une fan que je trouvais sympa. Elle avait proposé son aide au collectif, on rigolait bien tout ça. Et un jour, à l’occasion d’une discussion, j’en viens à citer un gros youtubeur bien connu. Je la vois changer d’expression, et me dire qu’elle était pas spécialement fan. Pour détendre l’atmosphère, je blague « ça va, t’as pas couché avec » (c’était le niveau d’humour que nous avions, rien de méchant, est-il nécessaire de le préciser ?).

La voilà alors qui se met à fondre en larmes ! Et j’apprends que cette personne aurait été victime de celui qu’on évoquait. La grosse gêne, j’ai pas compris tout de suite, et après, beaucoup d’empathie tout ça…

C’est là que j’ai compris que le milieu avait un problème profond. C’était la première fois que je voyais la réalité, l’envers du décor. C’était au tout début.

A l’inverse, j’ai assisté au parfait contre-exemple.

Une fille arborait un cosplay assez reconnaissable, et passait près du stand en racontant à son amie…qu’elle aurait été violée dans son sommeil par son copain vidéaste (en mode confidence dans le plus grand des calmes). Je recroise cette même personne dans une file de dédicace le lendemain, sans son amie, au moment où elle demande un autographe au youtubeur dont elle parlait la veille en des termes relevant d’une intimité certaine.

« Saluuuut hihihi !! Alors moi c’est Emma, mais tu peux m’écrire un autre autographe pour mon amie Eve qui a pas pu venir ?? »

… Il était absolument irréfragable qu’elle lui parlait alors pour la première fois. Aussi sûrement qu’elle l’avait accusé de viol la veille auprès de son amie. Il y a des histoires de fous dans ce milieu. Je pourrais en écrire un livre entier d’anecdotes comme ça. D’ailleurs c’est plus ou moins ce que je fais.

Je ne rentrerai dans aucun débat, mais vraiment, méfiez-vous de toutes les accusations. Mais méfiez-vous aussi des accusés. Quand on a connu ce milieu comme je l’ai connu, on perd un peu foi dans les gens au bout d’un moment…

J’aimerais terminer ce chapitre en vous parlant du Cowboy. C’est le pseudo que j’ai choisi pour évoquer un type qui a plutôt bien joué des coudes et acquis une certaine influence auprès de conventions, qu’il négocie à loisir.

Je l’avais rencontré en convention, en salle VIP (décidément, il s’en passe des choses en salle VIP ! ). Il y avait trois chaises autour d’une table basse, j’étais assis avec un collègue. Et voilà le Cowboy qui arrive, essayez d’imaginer visuellement :

  • Il tire sa chaise, s’assied, passe ses mains derrière sa tête en allongeant ses jambes sur la table basse, et nous dit « Vous, j’aime bien ce que vous faites, je vais vous faire passer partout ».

Ce qu’il ignorait c’est qu’on n’avait pas besoin de lui pour ça, on avait déjà beaucoup de contacts en commun. Mais vous voyez le genre. Sa discussion était ponctuée de sorties relevées, du style :

« Tu me rends un service et je te rendrais un service, tu vois ? »

Oui, je vois bien. J’ai entendu la même phrase dans un film. Lequel était-ce déjà… Ah oui. Le parrain. Assez rapidement il a commencé à médire sur untel ou untel… Avec parfois une agressivité dans la voix… Ce genre de profil peut avoir une position clé dans le milieu.

Ma conclusion ? Il y a de véritables créatifs pleins de bonne volonté. Pour les reconnaître, il faut se concentrer sur ceux qui tentent réellement d’apporter quelque chose, et non ceux qui se contentent de surfer sur toutes les pirouettes et gesticulations à la mode. Eloignez-vous des recommandations et caméos, et vous découvrirez dans les abysses de YouTube des petites chaines de gens passionnés et passionnants, sur qui les jeux d’influences n’ont (encore?) pas de prise.

Vous pouvez apporter vos propres témoignages en commentaire; une seule règle : anonymisez tout, soyez dignes, nous sommes là pour partager des expériences et non salir des gens.

Les faits présentés ici sont bien réels. Mais pour respecter l’anonymat, les lieux, dates, et caractéristiques des personnes ont été changés.

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